Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Blog de jean Yves Petit

Articles avec #srit

Quelle orientation pour la révision du SRIT (Schéma régional d'infrastructures et de transports) ?

21 Septembre 2012, 10:56am

Publié par jeanyvespetit

logo RégionLe Schéma régional d'infrastructures et de transports, SRIT, a été établi en 2006 en même temps que le SRADDT, avec l'année 2020 comme horizon de travail. Nous en sommes loin et pourtant, une révision de ces schémas apparaît déjà indispensable.

 

En ce qui concerne le SRADDT (schéma régional de l'aménagement et du développement durable du terrioire), le constat a été fait d'une nécessité de mieux prendre en compte certaines problématiques : une démographie dont la hausse est largement supérieure aux estimations, des processus de métropolisation et de périurbanisation qui s'amplifient, des enjeux climatiques et énergétiques mieux pris en considération, des choix de développement économique et industriel avec la nécessité d'anticiper la fragilité de certaines filières, des enjeux de cohésion sociale dans un territoire aux inégalités de plus en plus marquées, comme l'a bien montré une récente étude sur les inégalités socio-spatiales menée par la Région.

 

La révision du SRIT est tout aussi nécessaire. Pour les raisons évoquées précédemment mais aussi, parce qu'après 10 ans de décentralisation des transports, la Région PACA, comme les Régions de France, a atteint les limites d'un modèle de déplacement très dépendant de l'automobile individuelle et très extensif, facteur et conséquence d'un étalement urbain qui par ailleurs pose d'autres problèmes. La situation sanitaire et sociale en PACA ne permet pas de rester sans solutions de mobilité pour le futur. Six cent mille personnes sont déjà exposées à des niveaux de pollution de l’air supérieurs aux valeurs limites réglementaires et Marseille est la ville la plus polluée de France, avec de forts risques d'astreinte dans le cadre d'un contentieux européen. Nos villes sont parmi les plus congestionnées d'Europe et cette situation s'aggravera, faute de réponse adéquate, avec probablement 1 million d'habitants supplémentaires à l'horizon 2040. Le premier enjeu du SRIT sera évidemment de décrypter les évolutions futures afin de se doter d'une stratégie de mobilité durable, qui devra concerner en premier chef les transports régionaux, notre compétence propre, mais également aussi l'ensemble des transports dans la région.

 

Fin d'un cycle aussi en matière de capacité du réseau ferroviaire : le développement de l'offre de TER et du trafic passagers, 13% en 2011 et sans doute près de 10% en 2012, permet de penser que le réseau sera totalement saturé, au niveau de ses principaux noeuds (traversée de Marseille, Cannes-Nice-Monaco) d'ici une dizaine d'années. Second enjeu du SRIT, confirmer et orienter nos choix de développement à moyen et long terme, ce qui sera fort utile en vue de préparer la prochaine contractualisation Etat Région pour la période 2014/2020, mais également pour engager les échanges avec l'Etat dans le cadre de la révision du Schéma National d'Infrastructures et de Transports, SNIT, qui va se dérouler dans l'année qui vient.

 

Fin de cycle également en termes de capacité de financement ; les transports mobilisent en effet très fortement les financements publics. Près de 20% du budget régional dans notre cas. Plus encore qu'en 2006, cette situation impose de faire des choix éclairés, en matière d'investissements et de services de transports, en adaptant au plus près les services aux besoins des territoires et des populations, mais sans doute aussi de mieux convaincre de la nécessité de rechercher un nouvel équilibre financier, et certainement de mobiliser de nouvelles ressources. Un troisième enjeu du SRIT sera donc d'éclairer nos choix de développement des services de transports plus car ces choix seront indispensables dans un contexte sans doute durable de contrainte financière. 

 

Heureusement, des marges existent cependant, au delà du volume d'offre de transports régionaux, TER, LER ou CP. Un travail important doit être et est mené depuis des années en matière de coordination des différents modes de transports, avec les transports départementaux et urbains. De nombreux progrès ont été accomplis depuis 10 ans : des accords de tarifs combinés avec 18 autres AOT, des expérimentations de titres «alternatifs » TER/transports départementaux, une charte de billettique interropérable qui fait que tous les réseaux utilisent la même carte sans contact,... Mais il faut aller beaucoup plus loin et sans doute plus vite pour faciliter les déplacements porte à porte et attirer vers les transports collectifs un nombre beaucoup plus important d'usagers. Le quatrième enjeu du SRIT sera donc d'améliorer la coordination des politiques de mobilité et des offres de transports publics ou alternatifs, dans une logique où la Région peut légitimement jouer un rôle de chef de file des transports à l'échelle du territoire, ce qui peut aussi être un positionnement très lisible en matière institutionnelle.

 

Cinquième et dernier enjeu, mais pas le moindre, celui du fret, avec à la fois une dimension économique et une dimension environnementale, pas toujours convergentes. Dimension économique du fait des emplois directs bien sûr, par exemple avec le Grand port de Marseille, mais aussi du fait de l'importance des chaînes logistiques pour soutenir l'ensemble des activités économiques dans la région, tant en distribution qu'en production. Il faut ici anticiper les évolutions futures pour ne pas se laisser distancer et tirer parti de nos atouts naturels. Dimension environnementale du fait des nuisances imposées par des transits subis plus que souhaités, c'est en ouest et du nord au sud, mais aussi par des chaînes de logistique urbaine encore peu efficaces du point de vue du cadre de vie. Dans un domaine qui répond pour l'essentiel à des logiques d'acteurs privés, l'enjeu sera ici de repérer les leviers d'une politique régionale et la plus-value que peut avoir notre institution dans ce domaine.

 

Cinq enjeux donc, avec comme fil directeur un objectif de report modal et de gestion des mobilités, de transports de voyageurs comme de fret. Il s'agit donc d'un exercice à vocation opérationnelle, qui doit déboucher sur un plan d'action, même si les premières approches seront évidemment plus globales, prospectives et pédagogiques.

Voir les commentaires