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Blog de jean Yves Petit

Avenir des Trains d'équilibre du territoire (TET): ma lettre au Ministre des transports ...

13 Juin 2015, 16:01pm

Publié par jeanyvespetit

 

Le Vice-président,

Délégué aux Transports et à l’éco-mobilité

 

 

Monsieur Alain VIDALIES

Secrétaire d’Etat aux Transports, à la Mer et à la pêche

244 boulevard St Germain

75007 PARIS

 

Marseille, le

 

 

 

Monsieur le Ministre,

 

Suite à la publication du rapport DURON sur l’avenir des trains d’équilibre du territoire, je tenais à vous faire part de nos remarques à propos des recommandations concernant notre territoire régional :

 

  1. La transversale Sud

Les propositions de modifications proposées dans le rapport sont les suivantes:

"L’impossibilité de mettre en place des dessertes rapides (vitesse commerciale de l’ordre de 140 km/h) entre les 5 grandes métropoles régionales (Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Nice) du fait du très grand nombre de circulations voyageurs et fret toutes entreprises ferroviaires confondues, renforcée par la forte hétérogénéité des missions entre TGV, Intercités, TER inter-ville et TER à desserte fine, très consommatrice de sillons, conduit la commission, après analyse des flux de la ligne, à préconiser :

  • La mise en place d’un sillon unique TET entre Bordeaux et Marseille comportant la desserte de 8 gares intermédiaires : Agen, Montauban, Toulouse, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Montpellier, Nîmes ;
  • Le maintien de la commercialisation intégrant la garantie de place assise et la tarification flexible;
  • L’adaptation des fréquences :
  • doublement sur Toulouse-Marseille : 12 trains par jour;
  • augmentation sur le prolongement Bordeaux-Toulouse : 9 trains par jour ;
  • prolongement Marseille-Nice : reprise en correspondance à Marseille du fait de la desserte très abondante TER et TGV ;

 

  • Ces mesures s’accompagnent d’un redimensionnement du parc de matériel roulant :
  • en situation intermédiaire : refonte des horaires et optimisation du parc de rames tractées et de locomotives ;
  • renouvellement du matériel roulant : automotrices électriques à haut niveau de confort. "
  1. La desserte d'Arles serait supprimée.

Les TET desservent actuellement Arles 6 fois par jour tous sens confondus. L'impact est donc important avec une réduction de 56 à 50 trains vers Marseille mais dramatique vers Nîmes avec une réduction de 17 à 11 trains.

Si la Région devait compenser ces suppressions en prolongeant des TER de Miramas vers Nîmes, cela représenterait un coût de 1,5M€. Le rapport ne semble pas prévoir de véritables compensations financières pérennes et dynamiques (seulement 10 M€ seraient prévus pour la négociation des transferts de TET vers les Régions).

A noter le caractère injuste du choix proposé, en effet, les TET continueraient de desservir deux gares entre Bordeaux et Toulouse, puis trois entre Toulouse et Montpellier et une seule entre Montpellier et Marseille. A noter aussi que la région LR a 5 gares desservies.

Il serait donc souhaitable que l’Etat et la SNCF puissent rééquilibrer la desserte des gares entre les différentes régions afin que les TET puissent continuer de desservir Arles.

 

  1. Limitation de la desserte à Marseille (fin du Bordeaux Nice)

 

L'enclavement du département des Alpes Maritimes s'accentue mettant à mal l’égalité des territoires. La desserte directe entre Marseille et Nice (TGV + TER) n’est pas surabondante, loin s’en faut, entre des villes totalisant 3 millions d’habitants (+ 35 millions de touristes par an, soit l’équivalent de 2 millions d’habitants supplémentaires : en Allemagne ou en Suisse, une fréquence à la demi-heure serait la norme).

Son remplacement par un TER représenterait un coût d'environ 2M€ par an pour la Région.

J'avais proposé à plusieurs reprises à la SNCF de desservir Marseille en déplaçant l'arrêt à Marseille Blancarde au lieu de St Charles ce qui permettrait un gain de temps d'environ 25mn et libèrerait d’autant la capacité de la gare St Charles.

De même, j’avais suggéré la mise en place d’une convention tarifaire entre l’Etat, SNCF et la Région PACA afin de faciliter l’accès des trains InterCités à nos abonnés des TER ce qui garantirait l’apport d’une clientèle supplémentaire.

Il serait judicieux que l’Etat et la SNCF puissent étudier la faisabilité de ces deux propositions avant toute décision irréversible.

 

  1. Le Cévenol

 

« Proposition d’évolution de la commission:

Le manque d’alternative routière crédible et le potentiel touristique de la ligne conduisent la commission à préconiser le regroupement de l’aller-retour TET et des deux allers-retours TER sous la gouvernance inter-régionale afin d’optimiser les ressources utilisées entre Clermont-Ferrand et Nîmes. »

J’avais proposé à la SNCF et à la Commission DURON (ainsi qu’à mes collègues Vice-Présidents des transports des Régions Languedoc-Roussillon et Auvergne) la mise en place d’une convention tripartite Etat/SNCF/Régions afin de remettre en service le parcours Clermont Ferrand/Nîmes/Marseille avec un matériel unique permettant, ainsi, de recréer un lien de service public entre nos 3 régions. Ce n’est pas pris en compte ! Il est proposé un désengagement supplémentaire de l’Etat et une volonté de transfert sur les Régions. Ce n’est pas acceptable !

Là aussi, il me parait nécessaire que l’Etat et la SNCF puissent étudier la faisabilité de cette proposition.

 

  1. La situation du train de nuit Briançon/Paris

Le rapport indique :

"Le périmètre des lignes de nuit doit être recentré sur les dessertes qui ont une véritable utilité sociale.

La situation des trains de nuit appelle un examen approfondi. En effet, si la commission a relevé que la quasi-unanimité des acteurs du ferroviaire constate la difficulté à redresser le modèle économique des lignes de nuit, et si elle note le développement à venir d’une offre autocar de nuit sur certaines dessertes, elle a également entendu le fort attachement des acteurs locaux à ces dessertes.

Elle propose de s’accorder sur le maintien de l’ensemble des dessertes qui ne disposent pas d’une offre alternative suffisante, notamment en raison de leur caractère relativement enclavé (lignes Paris-Briançon, et Paris-Rodez / Toulouse-Latour-de-Carol). La commission considère par ailleurs qu’il convient de limiter cette offre à une desserte quotidienne, le maintien de pointes annuelles entraînant d’importants besoins d’investissement en parc de matériel roulant, pour des rames très peu utilisées."

Selon moi, c'est un premier pas qui doit rassurer nos amis des Hautes-Alpes qui se sont bien battus.

Par contre le fait de limiter l'offre à la seule desserte quotidienne revient à dire qu'il ne serait plus possible de faire des trains supplémentaires durant la saison d'hiver pour acheminer les touristes dans les stations de montagne...

D'autre part, la pérennité de ce train ne sera réelle que lorsque l'Etat, autorité organisatrice, aura un projet fiable et financé de renouvellement du matériel roulant.

Il convient donc de revoir cette limitation à la seule desserte quotidienne, mais aussi d’avoir une visibilité fiable sur le renouvellement du matériel roulant.

 

Rappelons également que l’actuelle mixité de ce train avec le Paris-Nice entre Paris et Valence permet non seulement un gain d’échelle mais aussi la possibilité d’ajuster différemment la composition entre l’hiver et l’été.

 

Il nous paraît donc indispensable de maintenir également le Paris-Nice, et d’aménager sur ce dernier l’arrêt à Marseille Blancarde, ce qui garantirait l’apport d’une clientèle complémentaire.

  1. Perte de trois trains de nuit

 

A noter aussi que notre région perd trois trains de nuit qui desservent Toulon et la Côte d'Azur en provenance de Paris (cf. ci-avant ; en fait, il semble ne pas être évoqué dans le rapport), Luxembourg et Strasbourg.

Le rapport indique:

"Ainsi, les quatre autres dessertes existantes bénéficient d’offres de mobilité alternatives de bon niveau, ce qui ne justifie pas de maintenir un service de nuit :

  • les liaisons Paris-Hendaye et Nord-Est-Méditerranée (ligne dite « Quadritranche »), prenant acte de l’ouverture d’une liaison à grande vitesse et de l’existence d’une offre aérienne ;
  • les dessertes Paris-Côte Vermeille et Paris-Savoie, qui bénéficient quant à elles d’une desserte à grande vitesse.

La commission est consciente de situations où ces trains de nuit assurent, dans les faits, le service d’un TER de début de journée sur certaines portions de ligne. Pour nécessaires que soient ces dessertes, elles ne peuvent justifier à elles seules le maintien de ces lignes de nuit. Une étude complémentaire, au cas par cas, permettra de déterminer les modalités de reprise éventuelle de ces trafics."

Il parait important de mesurer l’impact de ces suppressions, notamment sur l’activité touristique et le lien entre les territoires, avant toute décision irréversible.

 

Pour rappel, nous vous avions fait à la commission DURON la proposition du rétablissement d’accords entre compagnies ferroviaires internationales, afin de rétablir des trains de nuit entre grandes capitales régionales (et non entre villes-frontières) desservant les villes moyennes concernées.

 

Monsieur le Ministre, malgré certaines propositions positives (dont surtout le doublement de la fréquence de la Transversale Sud entre Bordeaux et Marseille et le maintien du Paris-Briançon), d’autres recommandations vont contribuer à dégrader les déplacements et à rendre moins accessibles certains territoires de notre région.

 

Je tenais à vous faire part de notre inquiétude et de nos demandes.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes respectueuses salutations.

 

Jean-Yves PETIT

Avenir des Trains d'équilibre du territoire (TET): ma lettre au Ministre des transports ...

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coulomb 15/06/2015 22:19

Pour Arles ton intervention est vitale! c'est super important

Adrien 14/06/2015 22:55

Bonjour,

Vous parlez de l'enclavement des Alpes Maritimes (quand vous évoquez l'arrêt du prolongement des Bordeaux-Marseille jusqu'à Nice), mais ce serait bien de penser à associer aussi le VAR à l'argumentation.
On a souvent tendance à zapper ce département et à se contenter de la bipolarité Marseille/Nice (en négligeant la "Terre du Milieu"...
En résumé, le Var + les Alpes-Maritimes seront pénalisés par la suppression des "TET" et ces deux départements représentent 2.2 Millions d'habitants selon l'INSEE et accessoirement la zone la plus touristique de France après Paris...une paille ! L'enjeu du maintien d'une desserte Intercités de ces deux départements est majeur ... et au moins AUSSI IMPORTANT que la desserte d'Arles (fief de notre bon Président de Région) ou que la solidarité régionale et nationale qui doit conduire à sauvegarder le Paris-Briançon cher à vos amis EELV hauts-alpins (qui ne dessert "que" les 140.000 habitants du 05 mais qui est fondamental, chacun le reconnaitra moi le premier : c'est un outil d'équilibre du territoire et un vecteur économique primordial pour les zones traversées).
Bref, les plus gros perdants en ce qui concerne les TET avec la réforme qui va arriver en 2017 seront bien LE 06 ET LE 83 (Nice, Antibes, Cannes, Fréjus-St Raphaël, Draguignan, Toulon) : ils perdent les Bordeaux-Nice qui avaient survécu, ainsi que le nocturne Paris-Toulon-Nice, ainsi que le Luxembourg/Strasbourg Nice (pourtant paradoxalement aucun TGV n'assure Strasbourg->Nice ou Strasbourg->Toulon à ce jour : là aussi, rien au-delà de "St Charles").

Voilà, c'était ma modeste contribution, mon "amendement" à moi à votre correspondance adressée au Ministre Vidalies (qui j'espère entendra vos arguments !!!)

Tenez bon, car la Région n'a pas "servir de roue de secours" face au redéploiement injuste que l'Etat et la SNCF nous préparent. Cela étant il va surement falloir préparer avec la Région Languedoc-Roussllion la mise en place d'un TER interrégional à grand parcours MontpellierNice, il me semble que cela va s'imposer assez vite...

Bonne soirée.

Adrien

jeanyvespetit 15/06/2015 06:20

Bonjour, j'ai bien intégré Toulon dans mon propos, mais il va de soi que cela concerne le Var et je ne peux que partager votre argumentation. Bonne journée

IMBS J.P 14/06/2015 18:03

Actuellement les TET de la transversale Sud qui ne s'arrêtent pas en Arles ... ne gagnent pas de temps sur ceux qui y marquent l'arrêt !
Pour vraiment gagner du temps il faudrait réhabiliter la ligne Arles-Lunel ( Marseille- Montpellier serait plus rapide qu'en TGV par AIX-AVIGNON )

LeMarseillais 13/06/2015 19:15

Pourquoi vous ne faites pas passer la transversale sud par le futur contournement de Nîmes Montpellier ?

jeanyvespetit 14/06/2015 09:31

C'est une question à poser à la SNCF. Bon dimanche